Mind 80 #16

Mind 80 #16

De retour avec la playlist à Bibi, il y a matière à groover cette semaine. Je réitère le sempiternel topo histoire de te mettre dans les conditions : de la House qui te fout le smile (le contraire aurait été très bizarre), de la Techno comme il se doit d’être et quelques petites perles que les Officionados qualifieront de « Classics ». Si toi aussi tu fais un big fuck à cet hiver qui s’étire en longueur, que tu as juste envie de teuffer sous le soleil du Printemps et que pour conclure tu as envie de changer d’air cette playlist pourrait te plaire. Allez c’est partis, branche ton ampli et fais cracher ton Soundsystem comme si tu étais en enfer !

Des graves biens lourdes, le nom d’Inner City, Kevin Sanderson pose déjà les bases. Prend maintenant en compte le fait que c’est l’un des piliers de Detroit, rajoutes y des sonorités typiques de l’époque et te voilà perché dans l’au delà. Sans rire si tu veut te ré-imprégner de cet esprit quasi-idyllique des débuts de la Techno fonce regarder le documentaire « Universal Techno », tout est dit (dans les grandes lignes) et tu te rêveras à teuffer aux côtés de toute la fine bande.

 

Voilà sans doute la petite perle de la journée qui te redonnera le sourire même dans les conditions les plus extrêmes. Genn Watanabe fait partis des producteurs qui ont tout juste sortis quelques Maxis avant de s’ériger au panthéon de la House. Le rythme frappeur, ce bon vieux piano si reconnaissable, des pauses suivis de montées, la petite mélodie entêtante, tout les ingrédients te mettront dans un état de Groove le plus total. Le mec a trouvé le moyen de résumer en 5 minutes tout les moments les plus marquants des soirées de l’époque, Putin de merci man.

 

On reste dans les bonnes vieilles terres de l’Amérique pour continuer dans la veine House. Place au Chill cette fois ci, The African Dream sort son album éponyme en 1994 dans un tumulte de sortie diverse. Pourtant un morceau m’a particulièrement marqué dans l’ensemble, Makin A Living. Je vais te résumer la chose en deux points bien précis : primo les nappes bien Deep ont fait leur effet en un clin d’oeil, secondo les auditeurs avisés reconnaitront ce bon vieux sample de 20th Century Steel Band. Maintenant  je te renvoie à ma chronique de l’ami Paul Kalkbrenner, si tu es avisé tu sauras que le filou renard a utilisé le même sample pour Gebrunn Gebrunn. La boucle est elle bouclée ? Maybe.

 

Tout le monde connait Robert Hood donc je ne m’attarderai pas sur la carrière du célèbre bonhomme. A l’inverse Ø [Phase], même s’il se hisse à la vitesse de la lumière sous les projecteurs, peut être inconnu pour certains d’entres vous. Pour ceux concernés je vous offre la cerise sur le gâteau : un Remix diablement accrocheur accompagné d’un clip mystique qui fera indéniablement son effet en After. Libre a vous de comprendre la signification planquée de la vidéo, pour ma part je reste en plein kiff sur l’ambiance psyché qui s’en dégage.

 

Ah ah j’ai toujours aperçu ce bon vieux Tommy Four Seven un bon paquet de fois sur la toile. Inculte de ses productions pendant bien longtemps l’ami Rebolledo m’a mis sur la piste avec ce monstrueux Sor. Encore une fois le clip de 29 November Films fait son effet : tu pourrais presque croire que les graves bien Trash passaient réellement en boite à l’époque. L’un des rares morceaux de Techno Industrielle qui en plus de te donner le Smile te mettra dans un état de grand malade sur la piste. Pour les curieux je vous invite à écouter les Podcats CLR de Tommy Four Seven, on retrouve la même ambiance.

 

Pur instant délire cette fois ci. Petit topo pour que vous compreniez le pourquoi du comment : el Padre a eu pendant un temps sa période « Radio allemande » (Surf Music et j’en passe…). Comprenez moi bien, ces radios comportent un lot infinis de styles, genres allant du Krautrock à cette bonne vieille Techno Industrielle. Dans la continuité du morceau précédent je me suis dit que ce serait bien sympa de caler les mecs de Feindflug : vous aussi vous deviendrez accro à ces mélodies bien kitch, à ce Kick bien Trash, en clair à cette bonne vieille ambiance comme seul les Allemands savent la restituer. Avertissement, fais gaffe à ton système audio parce que ça crache les sept enfers.

 

Ah ah dieu que j’aime la bande à Giegling. Non seulement ces gars là produisent de la Techno de rêve mais en plus il restent dans l’anonymat le plus total, le top pour garder la forme en tant que producteur. Avec UV, Vril nous pond 10 minutes de Techno ultra nerveuses. Avec un peu d’habitude tu saura reconnaitre son style en quelques secondes et c’est bien ça le Kiff suprême : être préparé face à l’assaut des graves tout en savourant l’instant présent. Peace, Respect & Techno. Voilà les trois émotions qui se dégagent du morceau malgré sa force brute.

 

Pas besoin de vous présenter Low Jack, un simple tour sur Discogs, R.A et tout les sites de musiques électroniques reconnus vous permettront de bien connaitre le bonhomme. Si j’ai choisis Slow Dance c’est bien parce que ce morceau illustre à merveille le style du producteur : une masse de sonorités disparates réunis dans une ambiance proche du glauque, le tout accompagné d’un kick bien fat. En un peu plus de 7 minutes le gars impose sa marque de fabrique : si vous avez l’occasion d’allez le voir en DJ Set ou bien en Live, foncez !

 

Je vous ai gardé le meilleur pour la fin. Si ce Remix de Barnt tranche nettement avec les morceaux précédents de la playlist je ne pouvais pas m’empêcher de le mettre. Etant un grand fan de Barnt j’ai toujours suivis l’actualité qui entoure le producteur. Toutefois ce Remix m’a pendant longtemps échappé des mains, la faute à des Tracklists incomplètes (j’ai découvert le titre dans un mix de mister Rebolledo). Voilà la chose corrigée, Barnt a repris le travail déjà excellent de Daniel Avery pour nous délivrer ces 10 minutes de trip cosmique avec les Mayas. Ce Remix, en plus de s’inscrire dans la ligne artistique des deux producteurs, est un Putin d’ovni capable de mettre la foule en délire si les l’endroit le permet. Et je pèse mes mots bordel, écoutes ce morceau dans les bonnes conditions parce que tu vas t’en souvenir pendant longtemps si tu gères le truc.

Cette Mind 80 #16 est maintenant terminée, à toi l’ami de chercher les perles rares qui te feront vibrer toute la nuit. Continue de suivre l’actualité du blog, pas mal de chroniques sont à venir dont certaines qui devraient forcément te faire groover au 7ième ciel. Allez, je me tire

 

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Mind 80 #15

 

Jeux de la pièceCe début d’année 2015 mouvementé est dans le même temps assez prolifique au niveau des sorties musicales. Pourtant j’ai préféré plonger dans le passé et faire une petite playlist qui s’écarte des sentiers battus de la Techno. Par ci et par là vous trouverez les traces de tubes des 70’s, de pas mal de titres des 00’s que vous connaissez sans doute mais avec lesquels vous vous êtes fâchés au niveau des noms. S’il fallait résumer rapidement les choses je dirai que vous oscillerez entre le Chill et l’émotion, un peu comme si vous étiez cloitré dans votre salon avec un gros temps moisie à l’extérieur. Pour savourer l’instant privilégiez une écoute en continu de la playlist, c’est comme ça que vous arriverez au ressentis souhaité. Commençons donc !

Avec son rock progressif si reconnaissable, King Crimson ouvre le bal avec son très célèbre « In The Court Of The Crimson King ». Souvenez vous des « Fils de l’homme » d’Alfonso Cuaron, plus précisément du moment ou Théo (alors dans la voiture luxueuse) traverse les rues d’un Londres en plein chaos. L’association des deux éléments rendaient vraiment bien, faites en sorte de trouver un moment judicieux pour écouter ce morceau dans les conditions.

 

Vous avez tous déjà entendu « A Whiter Shade Of Pale ». Tous sans exception, si ce n’est pas le cas partez illico sur Mars vous faire une petite révélation mystique histoire de cuver l’information. La nostalgie que dégage cette balade de Procol Harum (en plus du clip) te fera remémorer les moments marquants de ta vie. C’est aussi simple que ça, ne cherches pas plus loin.

 

Même chose pour Massive Attack, ce n’est pas moi qui vous ferai découvrir ce pilier culte de la Trip-Hop. En revanche je vais faire une petite piqure de rappel pour certains avec leur tube « Angel ». L’ambiance qui se dégage de ses 6 minutes est juste hallucinante de réalisme : le mixage est clean’, les sonorités sont travaillées et surtout originales, bref du grand art. Parfait pour s’enquiller un petit stick dans ton salon et faire le point sur ta semaine dans la classe totale.

 

Oh celle la aussi tu la connais l’ami. Si je te dis Zero 7 ça ne te diras rien. Le nom du titre, « In The Waiting Line » pas plus d’informations. Lance l’écoute et tu comprendras maintenant. Redécouverte il y a peu de temps, ce morceau t’enverra chiller sur n’importe quel coin de cette bonne vieille planète terre. Tu seras sur un océan de douceur, c’est garantie !

 

De temps en temps quelques morceaux tristounets bien placés peuvent faire leur effet. Celui du groupe Mazzy Star, « Into Dust » en est le parfait exemple. La voix magnifique d’Hope Sandoval (chanteuse) rend à merveille sur cette petite guitare folk, on nage en pleine simplicité mais dieu que c’est bon !

 

Les années 2000 sont un peu comme les années 1980’s : un torrent de merde musicale qui cache son lot de perles. S’il y a bien un artiste qui a réussis à mêler les deux versants de la pièce c’est Gorillaz. Empruntant à tout les genres tout en créant la bande de joyeux lurons censée représenter le groupe, Gorillaz a pondu beaucoup beaucoup, mais vraiment beaucoup de tubes qui ont bercé la jeunesse de la génération 90’s. La preuve avec « Tomorrow Comes Today », un titre remplie d’émotion qui te rappellera toujours tes plus beau moments de ta jeunesse. Et TOC !

 

Amateurs de Docteur House vous êtes les bienvenus ! Souvenez vous des moments tendues de la série indubitablement suivis par ces petites pauses émotions de fin d’épisode. La bande son de Docteur House est très riche mais c’est bien sur avec « Any Other Name » de Thomas Newman que mon dévolue est jeté. Savoure ça au casque, le rendu sera mieux.

 

Trève d’émotions, retournons au Chill, le vrai, le pur. « Think Twice » va t’amener tout en douceur dans le vaste domaine du Futur Jazz. Crois moi que le titre vaut le détour, une fois que le rythme s’installe avant la première minute tu es déjà dans le Groove. The Detroit Experiment (avec tout le beau monde concerné) signe là une petite pépite. Comme quoi mettre dans la même pièce plus d’une douzaine de producteurs/musiciens talentueux, le tout en 2002, est quelque chose de très lucratif sur le plan artistique. CHILL.

 

Dédicace à mister « Thomaso Pasollini Rebolledo » avec l’excellent « Keep Building ». Reagenz va te transporter pendant 13 minutes dans une bulle de légèreté. Les vocales de Fred P. donnent ce petit côté immersif qui te feras chavirer dans les méandres de ton inconscient. La découverte a beau être fraiche, « Keep Building » va continuer à tourner sur mon système pendant pas mal de temps, c’est moi qui vous le dit !

 

J’esperes que ces quelques vibes mélancoliques ont réussis à te faire vibrer l’ami, l’aventure n’est jamais terminée, c’est simplement à toi de la poursuivre !

Chronique : Traumprinz, le génie anonyme…

Traumprinz

Mon avis sur ce producteur au visage caché est fait après plus d’un mois d’écoute. De la même manière que Renart, j’ai eu droit à un de ces flash qui a bien marqué mon regard sur la musique électronique actuelle. Issu du prestigieux label « Giegling », Traumprinz (nouvel alias après carrière sous le nom de « Prince Of Denmark ») apporte un sublime touché à la House : il manie comme un maître les recettes gagnantes tout en s’inscrivant dans la lignée de producteurs talentueux du moment. Déjà titulaire d’un album et d’une très bonne série de maxis, il faut aussi rajouter une série de mix vraiment à par dans le paysage actuel. Commençons !

2011 : Freedom

Premier maxis sous son nouvel alias, le tout en vinyle sous un sous-label éponyme. « Freedom » ouvre le bal avec ses graves tout en rondeur. Le rythme t’emporte dans un morceau minimaliste destiné avant tout à te lancer dans la partie. Dès lors on peut parvenir à percevoir un certain calme dans le style du producteur. Cette volonté d’emporter l’auditeur sans l’égratigner est la ligne conductrice d’un travail de production conséquent : le mixage est propre, la base simple, le boulot est fait. « Hey Baby » fait la coupure avec des kicks bien lourd, typique d’une House Old School. En samplant, la voix de l’animatrice de Best Radio 92.6 (sample aussi utilisé pour un remix de « Time » des Pachanga Boys) l’effet est à son comble : l’envoutement te saisit dans une douceur juste parfaite pour tes petites oreilles. Lourd de conséquence dans une douceur olympienne, voilà de quoi te rendre heureux après les 7 minutes du titre. « Speak To Me » opte pour ce même dépouillement : la structure du morceau reste nerveuse mas étonnamment simple. Cette simplicité se retrouve même dans les petites pointes acides qui videront ponctuer le rythme. Mais malgré tout ça, la recette est diablement gagnante : un kick tapeur, une boucle mélodique épurée, un sample d’une vocal, rien de plus n’est nécessaire pour faire durer ton kiff. « Because we love House music », cette phrase résonne parfaitement l’intention de premier maxis.

 

2012 : Say Or Do EP

Seconde sortie sur le sous-label « Traumprinz », Say Or Do EP est de loin la plus grande réussite du producteur mystérieux. Un sans faute d’une portée vraiment magistrale, voilà l’Ovni de l’année 2014 pour moi. « Say Or Do » ouvre le bal dans un demie-calme vite coupé par l’arrivée d’un kick tout simplement massif. Les graves lourdes confèrent ce côté vraiment puissant de la House, quand à cela vient s’ajouter en douceur une magnifique ligne vocal (et très émouvante par la même occasion) tu es bercé de bonheur. Transporté dans cette tornade d’ambiguité, les 5 minutes du titres racontent à elle seule tout une histoire. « Changes », dans sa nervosité rythmique, t’étonnera elle aussi quand la vague de synthé s’immiscera tout en douceur dans le morceau. Encore une fois Traumprinz y rajoute un petit sample vocal parfaitement ajusté au reste. Dis comme ça c’est peut être trop synthétique mais tu sera vraiment transporté dans un autre univers avec un bon sound system. « Changes » résonne d’intensité, d’émotions et en même temps d’une chaleur ô combien rare pour les productions électroniques du moment. Viens te percher sur cet océan de douceur l’ami, la partie n’est pas encore jouée. « Eachstep » envoie du lourd, du très très lourd. Mais pas du n’importe quoi, la dimension inquiétante du titre restera pour moi sans égal dans l’histoire que Traumprinz cherche à nous raconter. Finis les vocales joyeuses des deux premières tracks, cette fois les graves imposantes et la sombre vocale qui vient y s’ajouter tapent dur, vraiment dur. Cette lourde ambiance dégagée annonce dans le même temps une ultime track non négligeable. « Neeeeed » s’amorce, le rythme ultra chill des graves te pose tout en douceur. L’équation est simple : prend deux caissons Onken, aligne les devant toi, laisse les roucouler et tu comprendra ce qu’a voulu faire Traumprinz. Le pire dans l’histoire c’est qu’il refait le coup de la vocale bercé à coup d’écho et de réverb’ mais ça marche ! Ca marche avec un énorme smile même, tu t’enquilles un petit tarpé dans cette vague de grave et tu te dis que chiller c’est plutôt frais avec du bon son.

 

2012 : Paradise With A Lobotomy

Cette fois l’ami Traumprinz est allé du côté de Kann Records pour sortir son 3ième maxis. Ce choix est somme toute logique étant donné la direction que prennent ses sonorités, le producteur choisis ici un peu plus de puissance pour booster la piste. « Big Baby Jesus » ouvre le bal sur un kick déjà si reconnaissable, l’envolée se fait tout en douceur sur des petites touches de réverb’ typique de la Dub Techno. La structure du titre, minimaliste de bout en bout, n’empêche pas une immersion des plus agréable, encore un pari réussi pour le producteur talentueux. Les premières secondes d’écoute de « Love Yeah » résonnent de la même manière, il faut par contre noter un sampling assez intéressant : la boucle (instrumentale comme vocal) utilisée donne un côté quasi-skizophrénique au morceau, pas de quoi te mettre mal à l’aise mais suffisamment pour marquer ton intérêt. Allié à la rigueur et au minimalisme de Traumprinz, « Love Yeah » marche de la manière la plus simple et élégante pour tout auditeur amateur de House. Renchainons maintenant avec le court « Feel », titre qui conclue cette 3ième sortie. Le gros changement de rythme occasionné fait plaisir à entendre, Traumprinz s’est créé une petite track de Dub Techno à sa manière mais la recette est gagnante. Avec ses 4 minutes, « Feel » déverse un bel ensemble de piste subtilement placée pour te faire vibrer. Certains pointeront la petite touche nostalgique du titre, cela reste au choix de l’auditeur cependant. Pour une 3ième sortie, Traumprinz s’écarte de l’écurie Giegling pour faire un petit détour non déplaisant cher Kann Records. Le producteur prend ici du plaisir à lâcher en toute tranquillité le fruit de son travail, cette impression se ressent fortement par rapport à ses autres sorties mais cela ne fait pas de mal. Après tout chacun à la droit à sa petite pause non ? 😉

 2012 – Into The Sun

Le grand retour sur Giegling est de la parti l’ami, que de plaisir ! Pour cette 4ième sortie (encore une fois un maxis) Traumprinz opte pour un côté plus progressif, plus en longueur et surtout plus orienté vers la Techno. Un choix qui va d’abord se ressentir sur la longue ballade de « I’ll Never Let You Alone » : plus de 11 minutes d’envolées nerveuses bercée par une ligne vocal de toute beauté, voilà le rapide résumé du titre pour faire court. Avec le recul cette première track pourrait aisément se placer en début de Set, sa structure simple mais entrainante pourra aisément faire vibrer la foule en un rien de temps. L’éponyme « Into The Sun » tranche indubitablement avec le précédent morceau : Traumprinz fait alliance avec un aspect bien plus synthétique tout en conservant sa patte rythmique. Cette ambivalence forme pourtant un résultat assez convaincant, la douceur qui s’en dégage est d’ailleurs surprenante d’intensité. A la manière de la leçon du soir, Traumprinz démontre tout son talent pour te faire rentrer dans sa bulle malgré les aprioris. Il est simple de trouver les prémices de son futur pseudonyme « DJ Metatron » mais j’en reparlerai après pour éviter de spoiler à tout va. En 3ième place sur les starting blocks on retrouve le curieux « Lady Lazerus ». La surprise à l’écoute est normale cher auditeur, j’ai moi même été étonné par ces sonorités organiques et le côté expérimental qui s’en dégage. J’ose le dire mais c’est sans doute la track la moins ouverte de Traumprinz, malgré sa simplicité et son originalité je déconseille aux nouveaux venus de commencer par là.

2013 – Mothercave

Et voici venu le premier LP de ce bon vieux Traumprinz. Etape charnière pour bien des artistes, on peut comprendre la nécessité de s’illustrer avec une série de maxis avant de passer à l’étape suivante. Et force est de reconnaitre la sagesse de ce conseil, Traumprinz semble avoir pleinement compris la leçon de A à Z. Le timide « One Love » joue à merveille le rôle d’introduction, sa simplicité et son côté répétitif donneront le sourire. L’éponyme « Mothercave » frappe par l’envoutement de ses nappes mélodiques et son rythme nerveux, c’est le décalage spatial vers Neptune qui est en jeux l’ami, Traumprinz te donne juste l’OST qu’il fallait pour l’occasion. « It Takes Two Wings » joue plus le rôle de track pour accompagner l’ambiance de début de soirée. La Dub Techno se ressent pleinement mais quelques changements figurent en proue comme c’est le cas du vocal répétitif qui annonce la suite des hostilités. Cette suite, c’est « Believe ». Fort de ses plus de 6 minutes, ce morceau accompagnera à merveille tes excursions en territoire urbain tout en apportant son lot d’émotion au fur et à mesure de l’écoute. Plus besoin de rappeler la sobriété de Traumprinz, ses maxis t’ont déjà mis en confiance et du devrais être à l’heure actuelle sous le charme de son style. Continuons cependant avec le mystérieux « There Will Be XTC » : ce morceau est une énigme à lui tout seul, un assemblage de genres pourtant diamétralement opposés. Prenez les mythiques synthétiseurs de Vangelis sur la l’OST de Blade Runner, ajoutez y un kick tribal, un rythme typique du Dubstep et des vocales nerveuses et vous voilà éberlué devant ce monument de Techno. C’est sans doute l’un des plus gros virage qu’aie fait Traumprinz, tirons lui le chapeau pour cette prise de risque qui donne des merveilles. « Yo man, petit tarpé au De Graal d’Amsterdam ? Yeah man on y go ». Tu rentres dans l’établissement, tu te poses et tu fais le point de ta journée. Une musique spécifique pour ce petit moment d’aparté ? « The Monkey » bien entendu, voilà la track absolue pour chiller dans les règles de Traumprinz. Crois moi que le rythme de ce titre trainera dans ta petite tête et te forcera à la réécoute d’ici peu, crois moi… Il est toutefois des merveilles qui ne sont pas exemptes de défauts, la preuve avec « Kiefermuskelkater » qui malgré son rôle d’interlude ne parvient pas à te mettre sur le cul comme cela a été le cas avec les précédentes tracks. Trop répétitif, trop simpliste, c’est la première erreur de Traumprinz mais on peut lui pardonner avec le sourire. Si tu es amateur des longues envolée à la Minilogue, « I Found Truth In A Soft Night Of Confusion But I Lost It » devrait te plaire. En jouant sur des graves en arrière fond et un rythme typique d’une machine qu’on redémarre, le mystérieux producteur délivre ici un penchant pour la Minimal tout nouveau pour tes petites oreilles. Mission réussis pour cette petite douceur, tu es encore une fois dans la bulle de Traumprinz avant de t’en rendre compte. Terminons maintenant le LP avec « Ambient 006 », une curieuse ballade synthétique qui conclue l’expérience d’une surprenante manière. En effet, Traumprinz a jugé bon de rajouter quelques notes de violons (bien entendu passé à quelques modifications sur ordinateur) pour apporter un peu de chaleur à son titre. Le morceau gagne d’ailleurs en intensité, but voulu pour conclure ce premier album ô combien réussie. Sortis sur Giegling (encore une fois !) en 2013, « Mothercave » a apporté sa pierre à l’édifice tout en permettant à Traumprinz de se forger sa propre identité sur la scène électronique Européenne. A partir de là, il a tout d’un grand !

2014 – All The Things

Rappelle toi l’ami du virage vers lequel s’orientait Traumprinz avec son premier album et tu pourras te donner un premier aperçu de cet énième maxis. Le terme énième n’a aucune visée péjorative étant donné la recette à succès du producteur qui continue de faire vibrer nos petites oreilles. La preuve avec « Messed Up Jam », un morceau de 7 minutes froid en apparence mais à fort potentiel cinématographique. Très répétitif (je pense aux notes de synthétiseur), le titre n’a rien d’une ébauche mais s’apparente plutôt à une entrée en douceur dans un Traumprinz 2.0. « All The Things » est LE titre qu’il faut retenir sur ce maxis. Il initie les nouvelle sonorités phares que choisis Traumprinz tout en gardant la patte rythmique si chère au producteur. Ce mélange donne naissance à 9 minutes de voyages auditif, parfait pour chiller sur une plage en plein été. Les vocales magnifiquement mises en valeurs se marient parfaitement avec le kick robotique et la rythmique Techno du début de titre. « Don’t cryyyyyyyyy », rien que cette petite vocale te mettra sous le charme… « I Gave My Life » sort en apparence de cette petite île de douceur mais t’amènera à terme sur une claque similaire au titre précédent. C’est cette fois l’alliance grave-vocale qui est mise en avant, la ligne mélodique apparaissant plus tardivement mais apportant sa petite pointe de mélancolie comme il le fallait. Tout est millimétré pour te transporter lentement sur de nouveaux horizons. « Let It Go » est un pure titre d’Ambient comme il se doit d’être, rien à redire là dessus si ce n’est l’ouverture musicale de l’auditeur vers d’autres genres. Mission unièmement réussie pour ce maxis, Traumprinz utilise les bonnes combinaisons pour un résultat innovant de réalisme.

 2014 – Intrinity

Avec ce nom plein de promesses, Traumprinz sWe lance une nouvelle fois dans la composition d’un maxis. « I love Ya » renoue avec ses précédentes productions, un kick lourd d’intensité ouvre le titre avant d’être accompagné d’un combo vocal-synthétiseur tout autant frappant. C’est un peu comme si tu te remettais un bon vieux Creedence Clearwater Revival mais à la sauce House, un classique jamais déplaisant à réécouter. « Intrinity » décoiffe net après une petite dizaine d’écoute. Je dis ça de manière expéditive mais ce titre est un vrai plaisir pour tes petites oreilles, il t’entrainera dans un univers si représentatif des productions de Traumprinz que tu redemanderas ta dose à tout va. C’est pendant ces 7 minutes de folies auditive que tu te lâcheras pleinement sur la piste, ça je peut te le promettre. « Something Magic » te rappellera quand à elle tout l’esprit du Chicago des 90’s. Pas besoin de dire plus, tout est résumé pour que tu puissances te lancer dans l’écoute de cet EP.

2014 : DJ Metatron – U’ll Be The King Of The Stars

C’est avec un plaisir non dissimulé que je rajoutes ce maxis signé sous le pseudonyme « DJ Metatron ». Si le nom sonne un peu comme le grand méchant de Transformers (cimer la référence), il n’en est rien de la qualité de production qui a été accordée pour cette sortie. Traumprinz s’est forgé un autre nom pour explorer de nouvelles possibilités. On est face à du lourd, du très lourd, la perle gagnante de l’année qui terminera indubitablement sur le Podium. « U’ll Be The King Of The Stars » sonne avec innocence, ouverture d’esprit et émotions. En te conviant avec douceur dans cette 1ère tentative sous son nouveau nom, Traumprinz s’illustre sous un nouveau jour mais toujours avec qualité. « Rave Child » est plus nerveux mais initie encore une fois avec succès la notion d’ouverture d’esprit. Mes avis que ce morceau pourrait aisément figurer dans la bande son d’un film de SF correctement réalisé. Digne du travail d’un grand, « Rave Child » est unique, indissociable de Traumprinz/DJ Metatron mais unique, rien que ça c’est très fort. La petite pause contemplative de « Spiral Worlds » est indissociable du reste du maxis, elle apporte son lot de douceur et de calme nécessaire pour une écoute dans les bonnes conditions. « The Colour (Sad Sad Euphoria Breakbeat Mix) » reprend la situation précédente dans un rythme nouveau pour le producteur anonyme. Si l’esprit du morceau colle parfaitement avec le reste, les changements occasionnés (rythmiques surtout) donnent un nouveau rendu et une surprise non déplaisante. Comme toute chose à une fin, il est temps de terminer avec « Oh Ah ». Avec cette recette on ne peut plus simple, DJ Metatron achèvera de convaincre les derniers récalcitrants à son style. La track est assimilable à une synthèse de tout ce qu’il y a de mieux sur le maxis, l’émotions toujours au rendez vous, le rythme est entrainant, le minimalisme régnant toujours aussi efficace, bref tout est sélectionné et placé à merveille pour te transporter dans un nouveau monde. C’est l’ENORME CLAQUE DE 2014, la grosse révélation de malade qui restera incrusté dans ta tête.

 

J’ai écris cette retrospective avec un plaisir non dissimulé : celui de faire connaitre à au moins quelques personnes la carrière d’un producteur génialissime à mes yeux. Traumprinz figure déjà dans ma liste des grands artistes de notre génération. L’évolution de son style est elle aussi à prendre en compte : elle est représentative d’un artiste désireux de se renouveler et porteur d’un message on ne peut plus agréable pour tes oreilles. Que ce soit sur ses maxis, son LP ou encore sous son pseudonyme DJ Metatron, Traumprinz a tout du mec qui saura se hisser aisément au panthéon de la House ! En cadeau (et pour te montrer que on en a jamais terminer réellement) voici un remix encore Unreleased, un autre remix officiel et surtout deux mixes qui te convaincront du talent du gars, à la prochaine l’ami !

PS : Mention spéciale pour le mix RA.387, une pure merveille à fort potentiel d’addiction.

Mind 80 #13

Bud Le Vénérable

Il était temps que je sorte cette satané playlist les amis, il était grand temps. Au programme pas mal de Tech’ triée sur le volet, on ne change pas la recette gagnante après tout. Il y a beaucoup de choses que j’aurait pu rajouter dans le même temps mais je garde quelques surprises pour la suite de l’année, on est pas pressé !

Randomer était déjà présent dans ma bibliothèque depuis quelques temps mais malheur à moi j’avais oublié son excellent titre « Stupid Thing I Do ». Je me rattrape donc, mon meilleur pote m’a relancé sur le sujet et c’est ainsi que ce monstre de Techno à la Old School se retrouve en tête de cette 11ième playlist. Ta mission : encaisser les kicks bien fat de ce tube en puissance, Randomer a sorti les grosses machines pour l’occasion !

 

Toute personne qui suit un tant soit peu les Boiler Room ou autres events du paysage de l’Underground de la Techno ont entendu ce bon vieux « Model 1 » de Truncate. Utilisé par pas mal de vieux squales pour raviver les DJ Sets, cette track reste sobre et puissante et fait office de Tool parfait pour renchainer dans ton mix. Une recette classique certes mais qui dont on ne s’en lasse pas.

 

Ah ah passons maintenant à la vitesse supérieure avec cet énormissime « Corp » de Markus Suckut. Déjà entendu (et longtemps introuvable) dans la Boiler Room du paternaliste Len Faki, l’effet qui se dégage de ces 7minutes de Techno à l’Allemande est tout bonnement hallucinant. Tu te retrouves pris dans les rouages d’une machinerie prête à tout faire péter à coup de graves furieuses. Sur un bon système et à un niveau correct tu vas t’en prendre PLEIN LA TÊTE !

 

Mark Broom a des hauts et des bas en tant que producteur mais il faut lui reconnaitre une certaine ingéniosité non déplaisante. La preuve en 5minutes avec « Nucleus » : Ben Klock est lui aussi tombé sous le charmes de ces graves si caractéristiques et a pour habitude de la passer dans pas mal de ses Sets. Sans être trop agressive, cette track a l’intérêt de relancer la fête un bon coup et de motiver les troupes sur la piste. Yeah man, je perçois un semblant de Groove.

 

Finis de rigoler, l’heure est venu d’inclure une petite track de Virgil Enzinger et de son pote Submerge. « Eternal Flame » comme elle se nomme rassemble deux versants pourtant opposé : une Dark Techno puissante et à un rythme frappeur avec de l’autre côté une touche orientale non déplaisante. Pour le coup cette track te mettra directement dans l’ambiance et te lancera peut être sur les vagues de la Dark Techno, domaine vaste et remplie de tube en puissance…

 

Petite pause émotion l’ami, l’heure est venue de se poser dans ton canapé et de t’écouter « Crystal City » de Jackson Ryland. Prend le côté contemplatif de Moonin, rajoutes y un zeste de House à l’ancienne et une rythmique vraiment décente et te voilà devant un véritable petit trip auditif. Du très très bon boulot, Jackson Ryland a réussi son paris de nous transporter dans une cité futuriste en douceur.

 

Les titres de Tech House qui sortent du lot sont plutôt rares mais j’ai réussis à dégotter une petite merveille : « Roach Hotel » de Pele & Shawnecy. Inconnus à mes oreilles, ces deux gars m’ont foutu une sacré claque rythmique dans la tête. L’ambiance du titre est travaillée, la page rythmique excellente et entrainante à n’importe qu’elle heure, bref de quoi te lancer sur les starting block de la soirée l’ami !

 

Je vais faire un petit hommage au magnifique « Never Grow Old » de Floorplan (aka Robert Hood, l’un des Padre de Detroit). La touche mélodique qu’il maitrise si bien s’allie avec élégance avec la voix d’Aretha Franklin, preuve en est la track s’est déjà classé dans le top de la Tech de cette année 2014. De temps en temps une petite leçon par un grand maître du milieu ça ne fait pas de mal !

 

Ah quel plaisir j’ai pris à l’écoute de « A Ground Without a Figure ». Shuttle358 m’était pourtant totalement inconnu (et un peu trop obscur) mais je dois reconnaitre que j’ai été transporté pendant ces courtes 4 minutes. Le message est on ne peut plus simple : fait le point sur ton année, réfléchis à la suite mais ne renie pas ton passé. Gros gros merci Shuttle358 pour cette track contemplative.

 

PAUSE. S’il y a bien une énorme révélation pour l’année 2014 c’est DJ Metatron qui reçoit la palme d’or avec sa dernière sortie « U’ll Be The King Of The Stars ». Subjugué, voilà le mot pour décrire ma réaction lors de la première écoute de ses productions. Entre un travail d’orfèvre sur le mixage de ses titres, une ambiance vraiment à part dans le paysage des sorties électroniques de cette année, DJ Metatron est LE génie du même rang que Renart, un expérimentateur de haute volée qui donne le sourire après écoute. Avec « Oh Ah » et ses plus de 8minutes d’envolées, tu tombera sous le charme l’ami !

Chronique : Interstellar (Film & OST)

Trou de Ver Interstellar

1ère partie : Le film

Amateur de Nolan, de sa patte scénaristique si reconnaissable (Memento et le Prestige sont passés par là l’ami) tu dois sans doute être au courant de la sortie du dernier né de la SF. La campagne marketing du film a d’ailleurs fait pile poile ce qu’il fallait : attirer l’attention d’un public « hard-science » avant de profiter des glorieuses chroniques pour s’ouvrir au grand public. Cette phrase n’est pas à prendre au sens négatif du terme, tout blockbuster reste indéniablement attaché au bon vieux chèque de fin de mois. Mais bon, passons au sujet principal au lieu de tripatouiller les théories marketing du film, plongeons dans ce bon vieux trou noir avec mister Cooper.

Je ne ferais pas la liste complète des références SF disséminées par ci par là dans Interstellar. Oui on sait que 2001 : L’odyssée de l’espace a posé les bases depuis déjà 40 ans, oui on est courant que pas mal de clin d’oeil ont été fait, oui mais… Oui mais merde, Christopher Nolan n’a pas cherché à transcender le genre, sont but était tout autre : délivrer un Blockbuster de science fiction de qualité rendant un hommage à ce qu’il appelle lui même « la période d’âge d’or du blockbuster » (pour les érudits, de « Star Wars : Un nouvel espoir » à « Blade Runner »). Là réside une fourberie à laquelle beaucoup de journalistes ont cédé : faire la comparaison. Or les temps ont changé : la série B SF (Gravity, Oblivion, Prometheus, etc…) a pris la 1ère place dans les bureaux des producteurs, finis la science fiction contemplative et métaphysique. Je me taillerai même le luxe de dire qu’à mes yeux Stargate Universe (pourtant annulé à mon grand dam) dépassait de loin la plupart des films du moment si l’on se base uniquement d’un point de vue thématique. Dans cette période trouble pour les films d’auteurs à gros budget, Christopher Nolan adresse aux magnats d’Hollywood un énorme « Your argument is invalid ! » : avec l’appui de son frère Jonathan pour le script, il rassemble divers avis de la communauté scientifique (on pense irrémédiablement au trou noir du film qui est basé sur les travaux d’un physicien anglais). Ce travail de 2 ans rentre dans la logique de tout réalisateur impliqué : comme Peter Jackson avec sa trilogie du seigneur des anneaux, Nolan a pris le temps d’analyser le vaste sujet qu’est l’espace, dans toute son échelle aussi massive qu’elle soit. Le script et le pitch de l’aventure reposent donc sur une base scientifique solide même si dans la suite de cette chronique j’expliquerai qu’une part d’interprétation subsiste belle et bien. Conviant encore une fois son pote compositeur de renom alias « je te rend cette scène tarré avec un morceau », j’ai nommé Hans Zimmer, le réalisateur a toute les cartes en main pour faire évoluer son projet à maturité. Si il est de notoriété que le style de Zimmer ne plaît pas à tout le monde, il faut prendre en compte le fait que ce dernier est sortis de ses sentiers battus pour Interstellar. Exit la rangée de tambour de Man Of Steel, on passe à la pléiade d’orgues et de synthé en cathédrales. Dit comme ça (et surtout pour une OST d’un blockbuster) ça peut vous paraître assez fou mais croyez moi le travail de Hans Zimmer a bel et bien porté ses fruits dans le film. Dernier détail (et après on attaque le gros du sujet) : Christopher Nolan lui a seulement donné une simple feuille remplie de faits scientifiques pour composer la Soundtrack. Allez, embarquons !

Commençons. Interstellar est le fruit de Christopher Nolan, ça se sent indéniablement après le visionnage. On retrouve tout le côté accompagnateur du réalisateur : il est là pour te guider, te donner toutes les cartes en mains pour comprendre le film. Là ou 2001 : L’odyssée de l’espace était foncièrement très académique, Interstellar a un côté grand public plus assumé. Les deux diffèrent donc totalement (mis à part le clin d’oeil du robot en forme de monolithe). Et s’il fallait taillader toutes les critiques de ce film je répondrai que c’est précisément cet élément qui rend le film tout bonnement incroyable. N’importe qui peut allez le voir et se laissez prendre par le récit, et ce peu importe s’il est amateur de SF ou non. Cet effort d’ouverture fait aussi liaison avec le côté « hard-science » du long métrage. Je dis volontairement « Hard science » car c’est cette étape qui risque de déplaire à certains : on sent la volonté de simplifier à l’extrême des principes physiques (celui du trou de ver notamment) qui ne passionnent pas tout le monde et surtout qui sont encore à l’étape de la théorie. On peut me contredire en me disant que le film prônait la science comme pitch de départ, je répondrais oui, mais la science fiction est un genre qui fait justement alliance entre le rêve et le rationnel. Donc tout les haters à deux balles qui se lâchent sur le film uniquement avec des arguments scientifiques, sortez de la page, il est temps pour vous de rêver un peu plus.

Si l’on résume à l’heure actuelle, la force d’Interstellar c’est son pitch relativement ouvert au grand public et le style de Nolan. Heureusement le long métrage a d’autres cartes en main : je parle naturellement de la relation Cooper-Murphy. Ce père qui n’est pas à sa place sur terre, qui a du faire une croix sur son rêve de pilote puis qui d’un coup a l’opportunité d’accomplir son rêve, ça c’est classe. Hollywoodien mais classe. De son côté Murphy est dans le sans faute elle aussi : la Murphy jeune est futée, accro à la science de l’espace et donc par corrélation très proche de son père. Mais c’est surtout avec la Murphy « Trentaine » que tout se joue : du statut de petite fille bien futée, elle est une physicienne hors pairs qui a elle seule résoudra toute l’intrigue du film et par conséquent le salut de l’humanité. La scène ou Cooper rentre dans la station Endurance puis se rend compte que 23 ans ont passé et qu’il consulte ensuite les vidéos de ses enfants est tout bonnement fantastique : résumer une aussi longue période temporelle avec tout le talent de Matthew McConaughey devant la caméra, voilà du grand Nolan ! Pure instant d’émotion, Interstellar en met plein la tête à certains moments comme celui ci.

Je vois les détracteurs me dire que le fils de Cooper est vulgairement traité comme un personnage secondaire. Que nenni, s’il est bien plus discret que Murphy c’est tout simplement parce qu’il a arrêter de croire en la mission de son père. En quelque sorte il s’est laissé « endoctriner » par la terre dépérissante, convaincu que son père était disparu au vu du nombre d’années passées sans réponse de lui. Tout ce passage est expliqué dans la scène ou Cooper regarde les vidéos de ses enfants, vidéos ou il les voit grandir et ou justement il assiste impuissant à toute la détresse de ces rejetons. En tant qu’élément non négligeable du film, cette scène permet d’illustrer le déroulement du temps et toute la psychologie humaine face à ce phénomène qui nous dépasse et qui continuera de nous dépasser. Si le long métrage dure plus de 2H c’est bien parce que dans un délais plus court le scénario d’Interstellar aurait été bien trop simpliste. Pendant tout le film le temps affecte tout les personnages : que ce soit Murphy, Cooper, les membres de l’équipe Endurance, Mann de la mission Lazare ou encore les différents protagonistes sur Terre, l’impression d’un temps différé est parfaitement restitué à travers quelques petites coupures « Espace/Terre » digne de Nolan.

Passons maintenant à la phase exploration du film : si la première planète ou la fine équipe débarque s’avère être un échec (les vagues de 200 mètres de haut due à la gravité du trou noir), l’impression au cinéma demeure gigantesque. Je maudis les bande annonce qui ont dévoilé cette dite planète car la surprise aurait permis de surprendre encore plus les spectateurs. L’autre détail intéressant c’est bien sur l’autonomie du vaisseau : toujours adepte du bon vieux fuel américain, l’immensité de l’espace force constamment Cooper à faire des choix drastiques. Certains regretteront que Nolan se soit basé sur des technologies presque « vieillotes » pour la SF, je leur répondrais que c’est par soucis de réalisme et de continuité avec le pitch sur terre. Le design du vaisseau permet d’ailleurs de relever la balance : enfin un peu d’originalité, ça nous change d’Oblivion et de sa quasi-copie de l’esthétique de Portal. Pour ce qui est de la planète de glace les moyens ont été surpassés : les nuages gelés sont (je l’avoue) une incohérence climatique totale mais au moins la planète, dans ce qu’elle a de radicalement différent avec la terre, est crédible. C’est d’ailleurs sur cette même planète que se joue la trame psychologique du film avec la trahison de Mann (Matt Damon), explorateur de la mission Lazarre placé en stase et que l’équipe de Cooper parvient à réveiller. Si les enjeux de ce nouveau personnage semblent presque manichéen par rapport à la fin du film, il a pourtant une importance particulière. Mann n’a en quelque sorte pas eu le choix de ces actes, prenez tout explorateur ou spationaute de l’espace et laissez le des années sur une planète inévitablement inapte pour l’accueil d’une colonie humaine. Non seulement c’est l’échec de sa mission mais surtout c’est être condamné à mort d’avance seul dans une galaxie bien bien lointaine. Devant cette triste vérité il apparait logique que Mann ait comme qui dirait « perdu la boule et perdu toute confiance dans le futur de la race humaine ». Attention toutefois, certes ces évènements sont inscrits dans une trame psychologique mais ne pensez pas que Nolan se serait embourbé dans les rouages d’un film d’auteur en hors sujet du pitch de base. La scène d’amarrage en orbite rebooste le rythme du film et réussit à focaliser l’attention sur la suite (et par conséquent la poursuite de la mission).

D’ailleurs continuons avec le vaisseau et la station Endurance. Vous vous êtes surement demandé pourquoi Nolan (malgré l’utilisation du 70mm et donc de larges plans) n’a pas volontairement fait de grandes scènes contemplatives de l’espace dans Interstellar. Ça aurait été diablement logique mais là encore je vous expose ma théorie : certes, la mise en orbite autour de Saturne, le trou de ver et enfin le trou noir Gargantua sont exposés en grand plan, toutefois pourquoi le réalisateur a t-il choisis de fixer la caméra au vaisseau dans autant de scène ? Deux réponses subsistent à cette question : la première c’est par soucis de réalisme. L’équipage du vaisseau est confiné dans quelques mètres carrés avec bien souvent peu d’ouverture visuelle vers l’espace (à l’exception du tableau de bord). Afin de restituer ce sentiment d’oppression mais surtout de manque de visibilité, les caméras fixés à même le vaisseau prennent tout leur sens, elles voient du point de vue du vaisseau et participent à l’immersion dans l’espace.

La deuxième réponse se situe quand à elle au niveau du point de vue du film : le trou noir, le trou de ver, l’espace, tout ces éléments sont diablement immenses et font passer la mission pour un grain de sable dans l’univers. Le but n’est pas de penser que le trou noir alias Gargantua est gigantesque mais surtout de montrer que l’homme n’est rien pour lui. Et comme bien souvent dans les moments de perditions l’homme, tiré à bout, ne prend en compte que sa zone de survie. Il est donc logique que la caméra s’accorde à restituer ce sentiment, c’est bien Cooper et l’équipe qui mènent l’expédition. Nolan a fait le choix délibéré de les mettre sur le devant de la scène pendant l’intégralité du film, c’est comme cela qu’il a vu que l’histoire pouvait progresser. Le réalisateur reste toujours autant attaché aux émotions de ces protagonistes, c’est l’une des facette clé de son style (Mémento et Le Prestige en sont de bons exemples).

Sortons maintenant de cette phase de détails et de contre arguments aux critiques snobes que j’ai pu entendre (en France on est les champion en la matière). Interstellar avec ses 2h de visionnage est un monolithe à lui tout seul : heureusement que Nolan a intégré la notion « grand public » dans sa réalisation car sinon beaucoup de monde aurait été dérouté. Même très dérouté étant donné le tapage médiatique qui a suivis la sortie du long métrage… Si on peut reprocher un trop grand sentimentalisme ou encore un aspect « hard science » au film de Nolan, il faut cependant reconnaitre que cela relève plus du choix scénaristique que de la réalisation. A la manière de son « opposé » 2001 : L’odyssée de l’espace, Interstellar aura besoin de temps pour être apprécié et reconnue à sa juste valeur : celle d’un film de science fiction qui a apporté un gros coup de pouce au paysage des blockbuster actuels.

Il est temps maintenant de passer à la bande son du long métrage les amis, fais chauffer ton amplis à tube ça va te télé-transporter dans le Tesseract !

 

2ième partie : La Bande Son

Interstellar OST

On connait tous (et sans exception) Hans Zimmer, pour le meilleur ou pour le pire selon les personnes mais il reste connu de tous à l’heure actuelle. On est tous indirectement suspicieux à l’idée de le voir sur tel ou tel film : après tout on connait sa patte artistique depuis le temps !

Ce qui frappe dès lors à travers Interstellar c’est la capacité du grand maitre à s’adapter à de nouveaux impératifs, ceux d’un pitch de science fiction bien opposé aux dilemmes des blockbusters actuels. On commence donc l’aventure avec le mystérieux « Dreaming of the crash », piste introductive de haute volée. Adaptez vous à la montée en puissance du si charismatique orgue, c’est juste un conseil pour savourez pleinement l’expérience. En démarrant tout en douceur sur des lignes mélodiques très contemplatives, Hans Zimmer apporte sa montée en puissance au détour de ces quelques 4 minutes d’ouverture. Dès lors on se sent transporté dans l’esprit du long métrage, chose ardue dans bien des cas car l’association image-audio reste sans doute le pari ultime de tout compositeur qui se respecte (et pourtant ça court pas les rues). « Cornfield Chase » accélère les choses avec un bel ensemble mélodique qui, et c’est voulu, a pour but de retransmettre l’émotion du départ de Cooper et de la fine bande des scientifiques. Là ou les choses changent considérablement c’est bien avec « Dust ». Cette track est sans doute l’un de mes plus gros coup de coeur de l’OST, la douceur classique apporte à merveille le sentiment d’exploration qui est le thème phare du film. On est dans le doute, un peu comme ce que ressent notre bien aimé Cooper avant son départ. Un peu plus sombre dans la deuxième partie du titre, Hans Zimmer cloture son titre dans une atmosphère très mystérieuse, celle d’une Terre en lente perdition qui est le théâtre d’une humanité sans espoirs futurs. « Day One » brille dans sa sobriété et l’émotion qui s’en dégage, le choix de l’avoir choisis comme musique de la bande annonce avec son envolée finale reste pour moi le meilleur moyen de définir les enjeux de l’expédition. On en arrive maintenant à « Stay ». Hans Zimmer a ici livré la fine crème de son travail : celle déjà d’enclencher le scénario durablement dans l’esprit des spectateurs mais surtout celle de retranscrire la science fiction de la plus belle manière qu’il soit pour un film de 2014. L’immensité de l’espace, la relation Cooper-Murphy, les enjeux de l’humanité, toutes ces émotions apparaissent au fur et à mesure du titre, d’abord avec une exposition limpide puis avec une envolée très bien restituée. Sans rire « Stay » reste pour moi la « Masterkey » du long métrage de Nolan. Le court « Message For Home » met en pause tes émotions et te rappellera indéniablement le moment déchirant ou Cooper assiste impuissant aux témoignages de ses enfants qu’il voit grandir à vitesse grand V (déformation du temps oblige). « The Wormhole » aborde avec inquiétude mister Gargantua AKA le trou noir impressionant du film. On retrouve encore une fois le schéma « exposition/envolée » que Hans Zimmer affectionne tant. « Mountains » brille avec son association à l’image mais reste trop fidèle aux précédentes productions de Zimmer, on sent ici que le compositeur est revenu un peu trop dans le style de la bande son de Man Of Steel.

Renchainons donc avec « Afraid of Time », une petite ballade minimaliste dans un espace terrifiant d’immensité. En abordant une thématique chère aux yeux des scientifiques/explorateurs (celle du décalage temporel) dans une douceur totale, on se dit que c’est un pari plutôt réussi mais cela relèvera plus au cas par cas. « A Place Among the Stars » soulève les premières inquiétudes du film et retranscrit fidèlement la ô combien inquiétante et stressante finalité de la mission. Le premier échec de l’OST commence cependant avec « Running Out » : trop répétitive par rapport aux autres tracks, pas assez innovante, on a vite le léger sentiment d’ennui je vous le garantie.

« I’m Going Home » est de la même volée que « Stay », une magnifique balade qui réussira à te remettre dans le bain du film. Les puristes remarqueront certaines ressemblances avec l’OST de 2001 (ce que je trouve aussi) mais là n’est pas la question, le morceau dégage une grace non regrettable. « Coward » est ce qu’est le personnage de Matt Damon dans le film : quelqu’un dans une ambivalence constante et qui, sujet à ses peurs, choisira la trahison et son bien être personnel. Je résume très rapidement ce volet précis car de un je ne souhaite pas spoiler le scénario mais surtout je laisse à chacun le choix d’aimer ou non cette trame du film.

3ième coup de coeur (et pas des moindres) avec « Detach » : la track qui résume absolument bien notre amis le trou noir Gargantua. La scène du film ou Endurance survole la vague de particules de matières est juste sublime : j’en ai clairement pris plein la gueule visuellement et « Detach » collait à merveille, rien à redire. Non rien à redire, écoutes attentivement ce morceau et tu auras d’énormes frissons !

La dernière partie (et situation finale) du film reste l’élément le plus révélateur du talent de Jonathan Nolan pour l’écriture des scénarios. Le Tesseract, ses créateurs mais surtout le but de tout ce concept qui dépasse de loin notre ami Cooper, BOUM ! En tant que spectateurs tout ces éléments surgissent en quelques minutes à l’écran et te scotchent à ton siège. « S.T.A.Y » s’enclenche au moment ou Cooper prend conscience de la situation à l’aide de TARSE et comprend la nécessité d’en informer sa fille Murphy. Elle même, sur terre et dans la bibliothèque de la maison familiale résout l’énigme des phénomènes paranormaux (relatifs à la gravité) et au message que son père lui envoyait depuis sa jeunesse. Entre déformation du temps, résolution des problèmes sur Terre, concepts de grands malades de la métaphysique, intérêt du trou noir, le film prend tout son sens. Entamons la dernière trame du scénario avec calme et volupté. « Where We’re Going » constitue l’ouverture du long métrage, en quelque sorte les enjeux qui feront suite à l’expédition de Cooper et lanceront l’humanité dans la conquête de l’espace. A ce stade du film deux possibilités subsistent : soit Cooper est mort dès son entrée dans le trou noir, auquel cas toute la suite du film est tiré de ses dernières visions, celles de ses enfants qu’il chérissait tant. L’autre possibilité c’est que malgré sa repêche dans l’espace (en orbite autour de Saturne je vous le rappelle, lieu du trou de ver) Cooper vit bel et bien tout ce qui se passe à l’écran. Là encore chacun s’en fera sa propre interprétation mais « Where We’re Going » respecte avec émotion ce pitch final qui clôt à merveille Interstellar.

Ces quelques ressentis que j’ai pu donner sur l’OST sont étroitement liés à mes impressions sur le film. En tant qu’amateur de science fiction (littéraire comme visuelle), grand adorateur de 2001 : L’odyssée de l’espace et surtout ouvert à tout scénario un minimum sérieux, Interstellar ne pouvait avoir que mon coup de coeur. Hans Zimmer a participé à ce projet et j’en suis bien content : non seulement il m’a prouvé qu’il pouvait se renouveler intelligemment mais surtout ses compositions collaient parfaitement à l’image et au rythme du film.